NEWSLETTER | CONTACT |


LA FONDATION

Introduction & Presentation . . .

Association marocaine à vocation nationale et internationale, la Fondation des Cultures du Monde a pour objectif de favoriser la connaissance et la promotion de la culture marocaine, ainsi que des valeurs fondées sur le dialogue et le respect de l’autre, à travers l’interaction et le croisement des cultures.


Elle est conçue comme un réseau international dont l’ouverture aux contributions d’où qu’elles viennent, pourvu que leurs auteurs partagent les valeurs communes, est l’atour majeur.


Elle œuvre pour un dialogue libre entre les créateurs dans toutes les parties du monde.

Historique

Création de l’association en Juin 2008.

Organisation du Forum de la Création au Maroc, qui a réuni des créateurs dans plusieurs domaines en 2009, pour dresser un état général sur la création culturelle et artistique au Maroc.

Les Membres Fondateurs

  • team Driss ALAOUI MDAGHRI

    Président

    Eclectique, touche-à-tout, fondateur de l'Ensemble Damana, Driss Alaoui Mdaghri multiplie les expériences et les modes d'expressions sans se préoccuper des frontières et territoires qui brident souvent la créativité. De l'enseignement aux charges publiques (ministre plusieurs fois), créateur d'entreprises, figure active de la société marocaine, il est aussi chroniqueur et auteur de plusieurs ouvrages, dont des recueils de poésie.

  • team Abdesselam CHEDDADI

    Vice Président

    Professeur à l'Institut Universitaire de Recherche Scientifique de Rabat. Spécialiste de l'histoire du Moyen-Âge du Maghreb, il a concentré ses travaux sur l'œuvre de Ibn Khaldùn. Il est notamment l'auteur de : Le livre des Exemples, vol. I de la traduction et de la présentation des œuvres de Ibn Khaldùn, paru à la Bibliothèque de la Pléiade. Gallimard, 2002

  • team Rajae SEFRAOUI

    Vice Présidente

    Professeur en économie à la Faculté de Droit Hassan II - Directrice Fondatrice de Carré Junior Crèche Maternelle - Présidente Fondatrice de l'association Club Inner Wheel Casablanca Mers Sultan - Vice Présidente de l'association Fondation Cultures du Monde - Ancien membre du bureau de l'association Alternatives - Organisation de nombreuses éditions "Art et Culture" à l'occasion de la Journée Internationale de la Femme, dans le cadre du Club Inner Wheel Casablanca Mers Sultan

  • team Souad BERNOUSSI

    Secrétaire Générale

    Universitaire du 3ème cycle en droit des Affaires
    JURISTE D’ENTREPRISE
    Principaux travaux privés réalisés sont dans le domaine de la gérance libre, du redressement judiciaire comme mesure de sauvegarde des entreprises en difficulté , de la portée de la clause de non concurrence dans les différents contrats (contrat de travail….) , de la conformité au code de protection du consommateur , de la conformité à la loi sur les données à caractère personnel

  • team Rachida SAIDI

    Secrétaire Générale Adjointe

    En 1999, elle commence comme assistante de production, en parallèle, elle réalise un court métrage La Mer-e. Elle s’associe à Bentaqerla , elle produit plusieurs longs métrages de Hassan Benjelloun“La chambre noire” “ Où vas tu Moshé?” , “ Les oubliés de l’histoire “ La Lune rouge “ . En 2007 , elle crée sa propre société “ Janaprod“ elle produit un long métrage “ La 5 eme corde “ de Selma Bargach “selectionné dans de nombreux festivals et un court métrage “ Le quai du destin “ de Saadi Amina

  • team Mustapha FAIZ

    Trésorier

    En cours de MAJ

  • team Aziz DADDANE

    Assesseur

    Né le 25 septembre 1960 à Marrakech, titulaire d’un diplôme d’ingénieur de l’Ecole Nationale d’Informatique et de Mathématiques Appliquées de Grenoble (ENSIMAG), Aziz DADDANE évolue à la Royal Air Maroc puis à la Centrale Laitière (Groupe ONA) et devient Directeur Général Adjoint chez OMNIDATA en 1996. En 2001, Aziz DADANNE est nommé Directeur Général de la Société Maghrébine de Monétique (S2M) où il est actuellement Président du Directoire.

  • team Rachida SERGHINI

    Assesseur

    Psychopédagogue , Formatrice en Développement Personnel et managerial, Coach professionnel certifiée: - CIES Praticien et CIES professionnel - Coaching par la “ProcessCom”et l’Analyse Transactionnelle - Coaching parental - Accompagnement interculturel - Praticienne en Hypnose Ericksonienne - Membre fondateur de l’association Maroc Coaching Chapter de l’ICF (International Coaching Federation)

  • team Hafsa Bekri LAMRANI

    Assesseur

    Hafsa Bekri Lamrani est professeur de littérature anglaise. Diplômée de l'Université de Paris VII, elle a enseigné depuis 1979 à Rabat et à Casablanca où elle a formé des professeurs d'anglais. Poète et nouvelliste (elle est membre fondateur de la Maison de la Poésie au Maroc), elle participe aussi depuis les années 80 à diverses associations dont Le Centre de Recherche pour la Méditerranée, L'Association socio - culturelle Al Madina, Le Cercle Shahrazade.

  • team Leila CHERKAOUI

    Assesseur

    Native de Casablanca, Leïla Cherkaoui est née en 1962 avec l'émotion artistique inscrite dans ses gènes. Son itinéraire personnel a été marqué par des circonstances et des évènements forts qui ont contribué à forger une des personnalités les plus attachantes de la peinture marocaine autant qu'un style particulier d'une grande puissance. Fondamentalement autodidacte, elle a tiré d'expériences personnelles et de tentatives répétées un style original et puissant. Son atelier, où elle peint et expose ses œuvres, en plein centre de Casablanca, a été aménagé au fil du temps pour qu'il devienne un havre de paix et de quiétude où elle peut déployer son énergie créatrice et sa sensibilité à fleur de peau en toute liberté. Lieu magique où il y a une âme, un esprit et un cœur et où elle accueille volontiers d'autres artistes peintres.

  • team Lahcen ZINOUN

    Assesseur

    Lahcen Zinoun reçoit le premier prix de danse au conservatoire municipal de Casablanca en 1964. Danseur étoile, il a travaillé avec de très grands chorégraphes : Peter Van Dyck, Georges Lefèvre, André Leclair, Hanna Voos, Jeanne Brabant, Jeannine Charrat...

    Chorégraphe de renommée internationale, Lahcen Zinoun et son Ballet-Théâtre se produisent tant dans le monde arabe qu’en Occident (du Festival de Hammamet au New York City Ballet) En 1986, il crée la troupe Nationale des Arts Traditionnels avec la complicité du Ministère de la Culture Marocain.

    Egalement attiré par le 7ème art, Lahcen Zinoun travaille comme chorégraphe sur de nombreux films : La dernière tentation du Christ de Martin Scorsese, Le thé au Sahara de Bernardo Bertolucci, Les beaux jours de Shéhérazade de Mostapha Derkaoui, L’ombre du Pharaon de Souhail Ben Berka, Joseph de Robert Young, Moïse de Roger Young, Les larmes du regret de Hassan Moufti, Femme et femme de Saad Chraïbi, Titre provisoire de Mostapha Derkaoui, Mona Saber de Abdelhai Laraki, Jouhara de Saad Chraibï…

    En 1991, il réalise son premier court métrage pour le spectacle « Flagrant Délire » présenté au Maroc, à Rotterdam et à Breda pour la semaine culturelle du Maroc aux Pays-Bas et à Paris pour l’année du Maroc en France.

    Suivront trois autres courts métrages, « Assamt » en 2001, « Piano » en 2002 et « Faux Pas » en 2003.

  • team Khalid MIKOU

    Assesseur

    Architecte et citoyen. Praticien, je construis. Construire, c'est à dire mettre en forme un édifice, est une affaire d'espace, ça ne se "dit" pas, ça ne s'écrit pas, ça s'inscrit dans un site. Citoyen, je ne me lasse pas d'analyser, de voir et de chercher à comprendre le monde qui m'entoure. Je recours dès lors aux moyens à la disposition d'un auteur.

    Mes journées commencent tôt et finissent souvent tard. Je conçois mes projets et suis mes chantiers, écris, photographie, filme, me discipline pour lire, participe à des séminaires, donne des conférences, voyage, et voyage encore. Je refais le monde, m'enthousiasme, me désole, fais de mon mieux pour contribuer à l'enseignement et au travail associatif....

  • team Hamid SBAI

    Assesseur

    En cours de MAJ

  • team Larbi HARTI

    Assesseur

    En cours de MAJ

Nos AMIS

  • team Badara SECK

    Né au Sénégal dans une famille de griots, Badara Seck est compositeur et interprète. Ses incroyables talents vocaux l'ont conduit à voyager à travers le monde et à travailler avec les plus grands. Depuis qu'il vit en Italie, où il a acquis une grande notoriété, il a continué à servir de lien entre l'Afrique et le reste du monde en participant à de nombreux évènements artistiques et culturels où sa voix unique l'a projeté au devant de la scène.

  • team Amal AYOUCH

    Comédienne de talent. Membre fondateur et vice présidente de la Fondation des Arts Vivants. Présidente de l'association GERME qui organise chaque année les rencontres du Mieux-Etre. Marraine de l'Association Solidarité Féminine. Elle a joué dans de multiples films marocains et de nombreuses pièces de théatre. Prix d'interprétation au 5eme Festival National du Film de Casablanca pour « Destin de Femme» de Hakim Noury.

  • team Sabah CHRAIBI

    Je suis Sabah Chraibi, docteur d'état en droit public et en science politique, mariée et mère de famille.J'ai contribué dans le cadre de mon activité associative à des actions de plaidoyer et de développement. Actuellement, je suis présidente nationale de l'association marocaine pour la promotion de l'entreprise féminine.Je suis certifiée médiateur et arbitre. J'enseigne depuis plus de trente ans à l'ISCAE et j'ai été à de nombreuses reprises professeur visiteur en France.

  • team Mustapha Raiss RIAD

    Chef de Projet SI dans le sécteur Télécom. Responsable Communication du Bureau Syndical du Personnel de WANA CORPORATE affilié à l'UMT. Ami de l'association IDMAJ. Membre de l'association AL MAQAM.
    Le Développement WEB reste son domaine de prédiléction par excellence.

  • team Raja AGHZADI

    En cours de MAJ

  • team Hekmat ELHADRI

    En cours de MAJ

  • team Maria BENJELLOUN

    En cours de MAJ

  • team Hinde TAARJI

    En cours de MAJ

Manifeste FCM

COME TO MY HOME

  • team Come To My Home

    2012 - DRISS ALAOUI MDAGHRI

    Come To My Home » est un événement culturel et artistique privé initié par Driss Alaoui Mdaghri, ancien ministre, poète et figure connue du paysage intellectuel marocain, destiné à mélanger les arts, les cultures et les nationalités. Il est basé sur les principes de liberté, de partage, de métissage et de dialogue créatif des cultures, valeurs cardinales de la "Fondation des Cultures du Monde", association marocaine à but non lucratif regroupant artistes et intellectuels autour de la même ambition : promouvoir l'art et la culture à travers des initiatives individuelles et collectives.

    C'est aussi un nouveau concept appelé à trouver des échos dans d'autres pays, le réseau international d'amis sollicité étant invité à y participer, et, éventuellement, pour ceux qui le désirent, à organiser des rencontres similaires chez eux avec l'appui du réseau. Le projet d'autres rencontres, notamment en France et en Italie, est en bonne voie. La première édition au Maroc se déroulera sur une durée de plus d'une semaine, du 4 au 14 octobre , dans différents lieux dont l'Oliveraie de Casablanca, à Bouskoura.

    Le concept « Come To My Home » repose également sur le séjour en famille dans le pays d'accueil pour les artistes étrangers invités, afin qu'ils vivent, de l'intérieur et pleinement, en phase avec la culture locale.

    Le programme de la première édition comprend une exposition de peinture sur toute la période, ainsi qu'une grande variété de manifestations originales initiées, coordonnées et gérées par de nombreuses personnes, en fonction de leurs centres d'intérêt et expertises

  • team PLUS D'INFO

    www.cometomyhome.ma

    Pour toute demande d'information, inscription ou proposition de contribution, merci de contacter :

    Hélène FLAMENT
    helene.flament.dam@gmail.com

    Elodie DURIEUX
    elodie.durieux.damformation@gmail.com

RADIO FCMONDE

  • team
  • team Radio FCMONDE

    2012LA FONDATION

    Radio FC Monde est une webradio indépendante et sans pubs. Exigeante quand à son contenu, elle offre à ses auditeurs un choix varié de différentes disciplines culturelles (musiques, théâtre, poésie…). Radio FC Monde est plus qu’une simple radio, elle se veut une radio d’un monde meilleur, un monde de partage, de dialogue et d’échange.

    PLUS D'INFO

    www.radio-fcmonde.com

    Pour toute demande d'information ou proposition de contribution, merci de nous contacter sur :

    contact@radiofcmonde.com

FORUM DE LA CREATION

  • team FORUM DE LA CREATION AU MAROC

    2009LA FONDATION

    Le Forum de la Création au Maroc est une manifestation culturelle organisée par la Fondation Cultures du Monde. Les objectifs de la première édition étaient de faire réfléchir les acteurs sociaux et culturels sur la question de la culture au Maroc : Comment sensibiliser les décideurs à appuyer la culture, à la financer, à prendre les décisions qui sont de nature à promouvoir la culture dans notre pays. Ceci afin d’être mieux armé à dialoguer et à faire des échanges fructueux avec les autres cultures du monde.

    Le Forum s’est déroulé sous forme d’ateliers avec des séances de synthèse. Il a connu la participation de nombreux invités : des artistes, des créateurs, des écrivains et des cinéastes. Ils ont témoignés et débattus pendant deux jours la question de la culture sous différents angles.

    Le Forum de la Création au Maroc représente une étape de réflexion, un événement initiateur et fondateur. C’est le début d’un chemin, ce n’est pas une fin en soi.

En cours de MAJ

Creer : Des Intelligences Multiples

  • team DRISS ALAOUI MDAGHRI

    16 Septembre 2011

    …Poursuivons, aimable lecteur, une entreprise essayée, pour ceux qui ont bonne mémoire et que cela a intéressé, il y a deux ans avec quelques verbes du quotidien comme vivre, rire, voyager… Aujourd’hui Driss Alaoui Mdaghri vous propose d’autres verbes : manger, écouter, aimer, jeûner, enseigner, travailler, boire, rêver, créer, diriger, avoir, être…Ils feront l’objet de ces chroniques estivales que l’allégresse vacancière, la sienne comme celle du lecteur, mettra avec la gaieté légère du flâneur, sur des sentiers à explorer ou à redécouvrir.

    Le verbe créer est au commencement de toutes choses. Le Coran stipule dans Al Furqane ( Le Discernement) : « C’est Lui qui, en six jours a créé les cieux, la terre et tout ce qui existe entre eux ». Et Dans Al-Mu’Minûne ( Les Croyants) : « Nous avons certes créé l’homme d’un extrait d’argile, puis Nous en fîmes une goutte de sperme dans un reposoir solide. Ensuite, Nous avons fait du sperme une adhérence; et de l’adhérence Nous avons créé un embryon; puis, de cet embryon Nous avons créé des os et Nous avons revêtu les os de chair. Ensuite, Nous l’avons transformé en une tout autre création. Gloire à Dieu le Meilleur des créateurs ! ». Dans la tradition Biblique, le récit de la Genèse débute ainsi : « Au commencement, Dieu créa les cieux et la terre. La terre était informe et vide: il y avait des ténèbres à la surface de l’abîme, et l’esprit de Dieu se mouvait au-dessus des eaux. Dieu dit : Que la lumière soit! Et la lumière fut »
    Toutes les religions et toutes les croyances, des Égyptiens aux Grecs en passant par les Hopis, les , les Mayas, les Zoroastriens, les Bouddhistes et tous les autres, font du récit de la Création l’acte fondateur de l’existant. Il y a, en effet, quelque chose de l’ordre du divin, à tout le moins de l’inspiré et du sacré, dans le fait de créer.

    Créer, un verbe qui sonne comme une expulsion d’un quelque chose en nous qui advient avec notre participation, mais, qui, quelque part, nous dépasse aussi. La femme en fait une expérience singulière, intense et unique dans la procréation, premier niveau auquel on peut situer les variations humaines relatives au verbe créer.
    Procréer n’est accessible à l’homme que par une médiation féminine, encore que la procréation artificielle et les manipulations génétiques sont en train de modifier la donne pour on ne sait quels angoissants horizons proches ou lointains. L’affaire est-elle purement mécanique et physiologique, un spermatozoïde passablement lubrique fécondant un ovule passablement séducteur ? Y-a-t-il autre chose qui se joue ? Bien sûr qu’il y a autre chose qui se joue dans la procréation, expérience qui sous sa forme directe devrait préoccuper tout homme et qu’il devrait méditer. Non pas sous l’aspect dont se complaisent à parler certaines femmes pour en souligner les difficultés – bien que cela soit compréhensible, c’est tout de même douloureux un enfantement – mais plutôt pour ce qu’elle donne à ressentir comme expérience de participation à la création de la vie. C’est pour cela qu’en toute femme nous voyons une mère – voilà de quoi faire hurler quelques féministes endurcies ! – et que nous passons notre vie en tant qu’hommes à solder les comptes avec d’autres femmes dans l’espoir illusoire de satisfaire en elles ce désir d’une mère. Elisabeth Badinter* constate et s’interroge : « A ce jour, une seule différence subsiste, mais essentielle : ce sont les femmes qui portent les enfants et jamais les hommes. Mais à supposer que l’on puisse limiter l’identité féminine à la puissance maternelle, l’identité masculine pose aujourd’hui une énigme. Quelle est l’expérience autre que sexuelle, qui soit propre à l’homme et totalement inconnue à la femme ? Peut – on se contenter de donner du mâle une définition négative : celui qui ne porte pas d’enfants ? ». Je suis tenté de répondre par une boutade, mais qui fait sens : L’homme est celui qui ne porte pas d’enfant et qui vit avec la femme capable, elle, d’enfanter. A partir de là, les autres expériences de création ne sont – elles rien autre que la recherche éperdue de ce quelque chose qui nous manque en tant qu’hommes et pour la femme de la spécificité du vécu de l’homme en tant que géniteur compagnon de celle qui procrée ? Mais laissons là ces réflexions existentielles et tortueuses pour des terrains moins mouvants.
    Dans l’activité créatrice, il y a quelque chose de l’ordre de l’onde, de la vibration, de la résonance que l’on trouve également dans la musique. J’ai observé trois amies dans leur activité créatrice et toutes m’ont conforté dans mon sentiment qu’il y a du du fascinant et du magique qui se passe quand elles s’y mettaient, toujours corps et âme. Car, c’est ainsi, les créateurs les plus doués sont ceux qui ne font pas dans la demi-mesure et qui plongent dans leur œuvre avec un engagement total. Pourtant, elles interviennent dans des domaines tout à fait différents. J’ai fait appel aux trois dans des séminaires de formation à l’intelligence du leadership et à la conduite du changement à la grande joie non dissimulée des cadres qui y participent et à qui elles ont fait découvrir leur potentiel naturel de créativité qu’ils tenaient bridé par timidité, par crainte ou par renoncement.

    Raja Aghzadi est professeur de chirurgie. Elle est à l’origine d’une association caritative, « Cœur de Femmes », qui mène une action diligente et acharnée contre le cancer, principalement au Maroc, mais également dans différents pays africains où elle est connue et appréciée. Qu’il s’agisse de trouver le moyen de mobiliser les fonds dont a tant besoin son association ou d’imaginer des actions innovantes pour soutenir et aider concrètement sur le terrain à soulager les terribles souffrances occasionnées par le cancer, elle déploie une activité débordante et une volonté farouche et mobilise de nombreuses énergies positives à cet effet. L’organisation de la première représentation au Maroc des « Amazones du Crabe »*, magnifique pièce de théâtre de la regrettée Mary Weed, qui était elle – même un réservoir inépuisable de créativité, m’a également permis d’apprécier sa capacité de mobilisation et d’engagement au service des autres.

    Dans un registre différent, Bouchra Kadiri, chef d’entreprise racontant les péripéties de son aventure entrepreneuriale à des cadres, qui écoutent avec un intérêt soutenu son récit, aura appris ou réappris aux uns et aux autres une chose évidente , mais que l’on a souvent tendance à oublier facilement : l’esprit, d’initiative, la prise de risque et une démarche « Win/Win » (Gagnant/Gagnant) dans le monde inextricable et difficile des affaires sont la clé de la réussite autant que le sont d’autres éléments présents dans son action, à savoir la foi en soi, le travail acharné et l’esprit positif face aux difficultés. Il faut l’entendre décrire avec enthousiasme et bonhomie comment elle a réussi à devenir l’organisatrice du principal Salon du Bâtiment et de l’Immobilier du Maroc et exposer ses idées de projets futurs pour mesurer l’intensité de l’énergie créatrice qui l’anime.

    Leila Cherkaoui est artiste peintre. Sa peinture invite à circuler à travers les arcanes d’une mémoire dont sa brosse dessine continuellement la trame pour dé – couvrir, parfois avec retenue, parfois avec rage, toujours avec passion, les plis et replis de ce qui était ouvert puis s’est fermé, la mémoire de ce qui a été et qui n’a pu s’accomplir jusqu’au bout, de ce qui a nourri puis s’est tari, de ce qui a insufflé la vie, puis est parti.. Elle est ainsi à même de transformer une peine incommensurable en énergie créatrice hors du commun. « Je cherche à tirer de la pierre ce qui pèse en moi. Je ne sais point le délivrer autrement qu’en taillant. »*. Pour elle, créer c’est être soi-même et sans fard. La création, dit- elle, doit être l’expression vivante de l’être le plus intime de chacun. Ayant affirmé cela, elle ajoute aussitôt avec sincérité : « Chacun suit sa voie et fait ce qui lui convient ». Belle manière de résumer en une formule l’essence de la créativité. A l’écouter, subjugués, récitant un poème de son cru sur son rapport à la peinture, les cadres qui suivent les séminaires de créativité auront, sans doute, retenu ces derniers vers où elle s’adresse avec émotion à la peinture :

    …Je me sens partir vers l’éternité de ton art
    Sans toi la vie serait sans éclat
    Je baigne en toi comme dans le ventre De ma mère.

    Cheminements de femmes dont le choix comme exemples se justifie pleinement, à mes yeux, pour parler du verbe « créer », tant, pour différentes qu’elles soient et agissant dans des champs séparés, elles sont l’illustration de ce qui se joue actuellement dans notre société en termes de potentiel de créativité, notamment dans les groupes qui ont été longtemps à l’écart du théâtre de l’expression libre de leurs capacités créatives. J’aurais pu en choisir d’autres qui font également partie des personnes, hommes et femmes, dont j’apprécie le cheminement tranquille et déterminé loin de l’agitation et des apparences et dont l’expérience est éclairante à bien des égards.
    Une observation qu’un de mes proches, Wahid Lahlou, talentueux et créatif au possible, fit dans une discussion que nous eûmes à ce propos mérite que l’on s’y arrête : « Creativity is constraints » ( Les contraintes favorisent la créativité). Les exemples cités plus haut pourraient le laisser penser. C’est souvent dans l’adversité que la créativité, instinct de survie et échappatoire salvatrice, trouve un terreau favorable à son déploiement. Mais à y regarder de plus près, il apparaît assez clairement que si cela joue pour certains cas, c’est loin d’être général et on peut tout aussi valablement soutenir que c’est dans la liberté que la créativité se développe le plus naturellement. J’ai plus tendance à être de ce deuxième avis et de croire que même ceux qui subissent les contraintes les plus dures, c’est parce qu’ils sont libres dans leur tête qu’ils sont en mesure de créer. Sans cette liberté que les contraintes peuvent, certes, stimuler, il n’y a pas de créativité possible. De là, le souci de beaucoup d’éducateurs et de formateurs, pour ce qui est de l’entreprise, de trouver le biais par lequel on peut réveiller la capacité de créer latente chez tout être humain à travers séminaires et formations au profit de leurs cadres dédiés au développement personnel et à la créativité. Habitudes et conformismes sociaux ainsi que les blocages psychologiques brident souvent considérablement cette capacité. Chacun dispose d’intelligences multiples, mais se limite la plupart du temps à n’en exploiter qu’une face au détriment de toutes les autres qui pourraient lui donner accès à des univers nouveaux et une clé susceptible d’ouvrir la serrure de son épanouissement et, pourquoi pas, de sa réussite. « ..Les êtres humains ne possèdent pas une intelligence unique…en tant qu’espèce, nous disposons d’un ensemble d’intelligences relativement autonomes les unes des autres. Tout un chacun, et les écrits universitaires n’y échappent pas, se focalise, quand il s’agit d’intelligence, sur une combinaison d’intelligences linguistique et logique. Selon moi ce que l’on décrit ainsi, ce sont les qualités intellectuelles d’un professeur de droit. Si nous prenons en compte les intelligences spatiale, corporelle-kinesthésique, musicale, inter – et intra-personnelle, nous pouvons obtenir une appréciation plus complète de ce qu’est un être humain ».* C’est peut – être, cet ensemble d’intelligences qui permet de parler d’intelligence créative.


    * Elisabeth Badinter, « L »Un et l’Autre »;
    * Voir des extraits de la représentation sur YouTube « Les Amazones du Crabe »;
    * Antoine de Saint Exupéry, « Citadelle »;
    * Howard Gardner, « Les Intelligences Multiples ».

Rever : Visionnaires, poetes et reveurs

  • team DRISS ALAOUI MDAGHRI

    09 Septembre 2011

    Afin de rester dans le mélange des genres et des cultures de ces chroniques estivales, voici une histoire Zen pour commencer : « Jadis, moi, Tchouang – Tchéou, je rêvai que j’étais un papillon qui voltigeait, et je me sentais heureux; je ne savais pas que j’étais Tchéou. Soudain je m’éveillai et je fus moi-même le vrai Tchéou. Et je ne sais si j’étais Tchéou rêvant qu’il était un papillon ou un papillon rêvant qu’il était Tchéou ».*

    Qu’est-ce qui est rêve et qu’est-ce qui est réalité ? La question se pose depuis que les hommes ont articulé les premières pensées, répondant d’abord par le sacré et l’étrange avant de faire intervenir la logique et la raison sans jamais réussir à trancher complètement la question de ce qui est de l’ordre de l’apparent et de celui du réel. Dans la célèbre allégorie de la « Caverne » Platon met en scène des hommes enchaînés dans une caverne qui voient des ombres dans le contrejour, entendent l’écho de leurs propres voix et s’imaginent qu’il s’agit de la réalité. Les philosophes n’ont cessé de tourner et retourner la question dans tous les sens pour se faire une religion. Aujourd’hui des cinéastes qui goutent les joies de la spéculation philosophique – le cinéma n’est-il pas, après tout, le théâtre emblématique du rêve et de l’apparence – font des films comme Matrix, longue variation romancée autour du même thème.

    Mais nous en sommes toujours au même point, simples mortels à l’esprit limité incapables de répondre définitivement, car l’affaire ne se tranche, sans doute, ni en philosophie ni au cinéma, pas plus qu’en une vie d’humanité, et encore moins en une vie d’homme. Bien entendu, on peut, si on a l’esprit un peu moins torturé, se limiter au monde du sensible et s’occuper d’autre chose. Seulement voilà, j’ai, comme pas mal de gens, l’esprit un rien torturé – que je m’emploie à compenser avec un zest de « zénétude » - et rêver, à tous points de vue, occupe une bonne part de mon temps et de celle de la totalité des vivants avec ou sans notre consentement.

    Laissons – là, cependant, cette épineuse et existentielle interrogation pour décliner quelques idées à propos du verbe « rêver » qui ne peut aller, faut – il le souligner, sans évoquer du même coup le verbe « réveiller ». Il est trois sens qui s’invitent d’emblée : rêver en dormant, rêver en état de veille pour faire advenir quelque chose et rêver dans cet état second à mi-chemin entre les deux précédents, si caractéristique des poètes qui vagabondent au ciel, fidèles compagnons des nuages, grands experts es-rêveries devant l’éternel.

    On se réveille nécessairement du premier type. Pour ce qui est du second, la réalité – pardon – se charge souvent de nous ramener sur terre. Rien ne peut arrêter le troisième, car jamais on ne peut réduire les poètes.

    Les dernières découvertes des neurosciences : les rêves, qui interviennent surtout au cours du sommeil paradoxal, durent pendant de longues périodes, quinze minutes environ toutes les quatre vingt dix. On commence grâce à la multiplication des expériences à en pénétrer les secrets et à dresser une imagerie assez fidèle de l’activité du cerveau pendant les phases oniriques.*

    Le rêve libère le dormeur des chaines du sommeil pensaient les Grecs. Bien plus tard Freud au XXe siècle soutint que le rêve est la voie royale pour connaître l’inconscient et qu’il exprime les désirs refoulés de l’individu. Les neurosciences aujourd’hui affirment qu’il s’agit, en fait, d’une activité de création à partir du passé qui permet de mieux affronter l’avenir.

    La fonction physiologique nécessaire du rêve est démontrée de longue date. Inutile de nous y attarder. Une nuit sans sommeil est une catastrophe. Une nuit sans rêve est une double catastrophe. Dormir c’est bien, chacun en fonction de ce que son horloge biologique lui impose – nous ne sommes pas égaux devant le sommeil -, rêver en dormant, c’est mieux. Nous sommes, à cet égard, tous égaux devant le rêve, même si les souvenirs que nous en gardons sont variables en richesse et contenus selon les individus.

    Mais c’est l’interprétation des rêves qui a pendant longtemps occupé les esprits des puissants comme du commun.

    Les anciens accordaient une importance considérable au rêve jusqu’à décider d’une action en fonction de l’interprétation favorable ou défavorable que des interprètes des songes au statut privilégié donnaient. On raconte qu’Alexandre qui se préparait à lever le siège de Tyr, ville qui lui opposait une résistance farouche, vit en songe un satyre se livrant à une danse triomphale. Son oniromancien attitré lui annonça que cela présageait d’une grande victoire. C’est ainsi qu’il décida de lancer l’assaut final qui lui permit de prendre la ville.

    Si les interprétations et conclusions divergent largement, la symbolique des rêves est admise par la plupart, y compris par les esprits les plus rationnels. Freud encore reconnait cette symbolique des rêves tout en soulignant les conditions nécessaires pour aider à l’interprétation. C’est ainsi que reptiles, poissons, serpents, chapeau, manteau, pour l’homme, et mines, fosses, cavernes, vases, bouteilles, boites, paysages, coffres à bijoux… pour les femmes, sont étroitement associés à la sexualité. « Ne trouvez-vous pas étonnant si je vous dis que les rêves souvent si beaux que nous connaissons tous et dans lesquels le vol joue un rôle si important doivent être interprétés comme ayant pour base une excitation sexuelle générale ». L’expression, qu’on me pardonne cet écart, « s’envoyer en l’air », même en rêve, serait donc on ne peut plus juste.* Evidemment il finit par gâcher tout le plaisir en soulignant que le rêve n’est rien autre qu’un symptôme névrotique.

    Les Arabes, pour leur part, ne manquent pas à l’appel. « Ainsi, si l’on s’en tient aux seuls mots de la langue arabe, le rêve est donc ce qui se passe dans le sommeil ( mânam), qui gonfle le sexe ( ‘holm) et donne la vision (ru’yâ) »*

    Et puisque nous parlons des arabes un classique d’Ibn Sîrîn écrit au VIIe siècle vaut le détour, notamment le chapitre où il évoque avec une grande crudité la vision du mariage, l’acte sexuel, l’appareil génital féminin, la grossesse, l’accouchement, l’allaitement…et même la sodomie. Mais pour ne pas faire de fixation la – dessus, passons à un autre chapitre où il est question de la lune, du soleil, des étoiles, de l’enfer, du paradis, du feu et du jour du jugement. Comme la période est propice, au regard de l’agenda politique de notre pays avec les prochaines élections, je cite à l’intention de quelques uns : « La lune, surtout l’interprétation classique, représente le ministre du roi, l’épouse ou encore l’enfant pieux. Entrer en possession de la lune ou atteindre la lune revient à devenir ministre ».* Alors mesdames et messieurs les candidats, rêvez de la lune. Comme il est exclu, en la matière, que tous les impétrants aient satisfaction, qu’ils rêvent de voltige – il faut éviter certains mots qui flattent le populisme généralisé - aérienne, en dépit de son côté équivoque à en croire la symbolique des rêves.

    Rêve, le mot demeure trop court pour dire une réalité polysémique. « Rêvance » que je forge pour les besoins de la cause, me paraît plus indiqué pour les poètes. Nous y reviendrons. Parlons d’abord de vision où il s’agit de rêves apparemment impossibles qu’entretient chacun en son for intérieur où qu’il déclare par monts et par vaux, parfois envers et contre tous. Le Rêve Maghrébin, dont mes choix et le hasard m’ont conduit à m’occuper, demeure à mes yeux un projet de ce type auquel il faut qu’un rêveur, un de ces champions de l’impossible, consacre toute son énergie et sa vie pour le faire advenir en ferraillant avec les empêcheurs de rêves qui sont légions. Attachons – nous un moment à quelques autres exemples en attendant des jours meilleurs

    Combien de personnages historiques ont été considérés par les gens de leur époque comme de parfaits rêveurs parce qu’ils proposaient une vision, un projet, une idée qui paraissaient trop grands au commun des hommes, mais qu’ils ont réussi à porter jusqu’à leur réalisation. Mandela est un de ces hommes. J’ai eu l’occasion de rencontrer Nelson Mandela lors d’un dîner chez Feu Abdellatif Filali à Rabat. J’en ai gardé le souvenir d’un homme affable et serein. Quel destin que celui de cet homme qui a payé le prix fort pour son rêve ! Ainsi vont les choses de la vie. Quand le rêve est puissant et grand, le sacrifice de soi est nécessaire. La photo du petit groupe qui a dîné ce soir avec lui figure en bonne place dans mon salon. C’est l’une des rares avec des photos familiales et deux autres en compagnie de Kasparov et de Karpov qui sont là pour frimer mes amis amateurs du jeu d’échecs et me faire paraître auprès des autres plus intelligent que je ne suis – - à cet égard, nous avons tous eu l’occasion de constater, à travers l’actualité, que la vanité est chose fréquente sous les cieux maghrébins, mais il ne faut pas tirer sur une ambulance.

    Pour comprendre la force des visionnaires de cet ordre qui font bouger les montagnes, il suffit de penser à quelques hommes d’Etat, à quelques savants, à quelques inventeurs et à quelques capitaines d’industrie et entrepreneurs qui ont marqué leur temps. Martin Luther King, dans son discours célèbre au cours du rassemblement de l’été 1963 à Washington réclamant l’égalité entre noirs et blancs en Amérique, trouvera le ton inspiré qu’il faut pour traduire l’intensité de son rêve d’égalité : I have a dream today (J’ai fait un rêve aujourd’hui). La chute est poétique au possible :

    « I have a dream that one day every valley shall be exalted, every hill and mountain shall be made low, the rough places will be made plain and the crooked places will be made straight and the glory of the Lord shall be revealed and all flesh shall see it together. »

    Ce rêve exprimé ainsi a certainement ouvert la voie, des années plus tard, à un Obama. Mais attention, si on rêve d’Amérique tout n’y est pas rose et souvent l’Amérique est juste là où nous sommes. C’est ce que nous apprennent quelques visionnaires à qui on n’a pas cessé de répéter qu’il fallait garder les pieds sur terre ou aller voir ailleurs.

    Mais, ce sont là peut – être rêves trop grands pour le commun des mortels. Le fait est qu’il n’y a aucune différence de nature entre les visions grandioses que quelques uns développent pour le compte de tous et les rêves personnels que chacun fait pour donner du sens et de la substance à sa vie. Laisser s’exprimer la volonté de réaliser de belles choses, volonté qui habite chaque être humain, voilà la clé d’une vie réussie et utile.

    Enfin, les poètes ! Lamartine lance :

    « Enfants, ne dites plus vos rêves à personne,

    Et ne rêvez jamais, ou bien rêvez toujours! »

    Comment mieux parler du rêve du poète qu’en rêvant et en poésie, pour ce qui me concerne , à un monde où l’amour universel, l’amitié générale et la paix perpétuelle sont la patrie partagée des hommes ? Je vous livre donc ce poème que j’ai improvisé ce printemps à Washington dans un petit parc où coule une rivière à l’occasion d’une escapade artistique avec quelques amis.

Rire

  • DRISS ALAOUI MDAGHRI

    20 Aout 2009

    « J’ai vu des gens très doués pour tout ce qui prête à rire, et qui sur des sujets sérieux sont complètement stupides » Jonathan Swift.
    L’homme a inventé le rire pour supporter sa condition tragique. Il a également recouru à la religion pour la même raison, car comme le dit l’adage « la foi sauve ». Quand on pense aux désordres du monde, cette deuxième solution, pour peu qu’elle soit vécue dans la douceur et la bonté, est sûrement la plus prometteuse. Elle est rarement à portée comme le prouvent les excès auxquels se livrent nombre de « ceux qui croient être de bons croyants ». Certains poussent la plaisanterie, si on peut dire, jusqu’à faire des têtes d’enterrement et à condamner à tour de bras au feu de l’enfer ceux qui ne pensent pas comme eux. Il est vrai que penser à l’au-delà ne pousse guère à rire. Pourtant, si on en croit la tradition, le Prophète Mohammed était homme plutôt avenant et pour qui sourire était, dit la même tradition, une manière d’être.

    De toutes façons il n’ y a jamais de bonne raison pour faire grise mine. Au contraire de rire aide à vivre, y compris les croyants. A fortiori ceux qui ne le sont pas. Et pour apprendre à vivre il vaut mieux apprendre à bien rire.

    Et d’abord de soi. Je tiens l’auto dérision pour un signe de grande intelligence et de profonde sagesse. La capacité à prendre de la distance vis-à-vis de soi-même est une indication à la fois éthique et médicale. Ethique parce que c’est à ce prix que l’on peut s’arroger le droit de rire des autres et de leurs travers car chacun est porteur de mille défauts et personne n’est à l’abri du ridicule. Médicale parce que cela fait un bien fou à l’organisme qui respire, s’agite, se remplit d’endorphines stimulantes et…contagieuses.

    Le rire est universel, première vérité à souligner. Certains ont même mesuré le temps consacré à rire dans différentes cultures. On apprend ainsi qu’on rit de moins en moins un peu partout. Les Français, par exemple, riaient 19 minutes par jour en moyenne en 1939, six minutes seulement en 1983 et moins d’une minute en 2000. Au Maroc, les statistiques ne sont pas disponibles, mais il y a fort à parier que la tendance est la même. Je suggère la mise au point d’un indicateur, le Taux Brut de Rire ou TBR, qui permettrait de mesurer l’évolution du rire dans une société donnée et qui serait assurément plus éclairant pour les comparaisons internationales que le PIB et bien d’autres indicateurs en attendant que tout le monde suive l’exemple Himalayen du Royaume du Bhoutan et adopte le taux plus significatif de Bonheur National Brut, ou BNB.

    Il y a sûrement, à partir de là, une politique du rire, à imaginer et à mettre en oeuvre dans l’éducation, dans les médias et dans les débats publics. Car, vous avez remarqué, comme moi, que nos décideurs, dès qu’ils sont devant un public, font le plus souvent des têtes d’enterrement, ce qui ne les empêche pas de faire rire le public. Rien contre. Cela les regarde, mais comme je suis obligé parfois de les écouter je leur dis que de faire grise mine les dessert profondément sans qu’ils s’en rendent compte, croyant comme beaucoup qu’il faut pour être pris au sérieux se montrer sombre et grave. Etre sérieux, c’est agir quand il faut, pour la raison qu’il faut et avec les moyens qu’il faut, le sourire en prime.

    Il y aussi une économie du rire que les activités ludiques et culturelles, au théâtre et au cinéma, en particulier, permettent de développer. Encore faut-il que les pouvoirs publics encouragent les productions qui engagent à rire et dans lesquels le genre comique et la bonne humeur se déploient gaiement.

    Mais il y a rire et rire. Le bon et le mauvais.

    Le rire écrit Bergson, « est du mécanique plaqué sur du vivant ». Cela pourrait s’arrêter là. Ne nous arrêtons pas à cette phrase métallique et essayons de distinguer le bon grain de l’ivraie.

    Commençons par nous débarrasser du registre du mauvais, même si « mauvais » ne veut pas dire à éviter forcément. En premier lieu, je tiens pour étant d’un goût douteux les histoires salaces que beaucoup chez nous, hommes comme femmes, se plaisent à raconter à tout moment. Mais j’admets qu’un bon rire gras, tonitruant et hystérique est parfois nécessaire pour nous rappeler que nous sommes tous susceptibles de glisser sur la pente de la vulgarité pour un rien et de nous esclaffer, plutôt bruyamment la plupart du temps, en prêtant l’oreille. Quelle est la dernière entend-on souvent demander ? Je vous laisse imaginer la réponse, car une bonne blague, grosse et grasse comme une baleine, est tapie derrière cette question innocente.

    « Mauvais » également, sans doute, le sarcasme, le persiflage et la moquerie. Humain, trop humain, ce rire peut être un recours, à condition de ne pas trop en faire sauf si on choisit cela comme un métier, pour évacuer le trop plein de bile, participer à la discussion ou se sentir à l’aise dans un groupe de persifleurs.

    Pas très loin, l’ironie que les anglais ont porté à un degré de sophistication extrême. Churchill, orfèvre en la matière, s’arrêta un jour au milieu d’un discours électoral et prit un verre d’eau qu’il porta à ses lèvres. Une femme assise au fond de la salle où il se trouvait l’interpella : « Monsieur Churchill si j’étais votre femme, je mettrais du poison dedans ». Churchill rétorqua ironiquement : « Madame je le boirai avec plaisir si vous étiez ma femme ». Je comprends pour quoi j’aime un certain esprit anglais.

    Le mot d’esprit justement nous rapproche du bon rire. Il est spirituel, dit-on avec une certaine admiration de quelqu’un qui sait manier avec art l’idée et le verbe, le fond et la forme, nous fait rire franchement ou nous amène imperceptiblement à sourire. Freud fit une étude où il s’employa à montrer les rapports du mot d’esprit avec l’inconscient, lecture intéressante, mais qui, comme cela arrive immanquablement en territoire de psychanalyse, empêche de rêver et de divaguer en toute innocence. Ce mot de Swift restera dans l’histoire comme un sommet : « Si un homme me tient à distance, ma consolation est qu’il se tient à la même distance de moi ». En parlant de sommet, si vous voulez vous essayer à « l’Agudeza », Baltazar Gracian, ce jésuite espagnol du XVII ème siècle, est une lecture utile. Son « Art et Figures de l’Esprit » demeure un livre inégalé. Il y détaille avec brio les artifices et ressorts de ce qu’un de ses traducteurs nomme : « Acuité, trait, pointe, mot acéré, pique, flèche, parole aigue, riposte tranchante, parole aiguisée par le style, stylet affûté par l’élégance ».

    Mais, comme le nageur qui flotte à la surface, nul besoin de plonger dans les profondeurs abyssales de l’océan ou de la culture, pour apprécier l’eau ou l’humour. Restons donc à la surface et profitons de la baignade en riant comme on le ferait d’une leçon fondamentale de vie.

    Il suffit, à partir de là, de franchir le pas pour embrasser le bon rire en retrouvant le rire de l’ enfance qui est éclatant comme le soleil dans un ciel limpide, le rire qui irradie, chauffe et nous remplit de joie. Celui là, il faut le cultiver comme un bien parmi les plus précieux, l’arroser en permanence avec générosité et le savourer avec volupté. Il est libérateur en ce qu’il aide à détruire nos pesanteurs, nos blocages intérieurs et nos craintes. Et qu’y a-t-il de plus beau que la liberté ?

    Peut-être alors, qu’à force, méritera-t-on d’arborer tranquillement et pour toujours un sourire de lumière, y compris dans les circonstances les plus graves de notre existence, exprimant ainsi le bonheur de vivre et la joie d’être qui devraient nous habiter en permanence. Avec un peu de chance, nous aurons de cette façon, l’immense privilège de participer à l’enchantement du monde.

    Chronique parue dans le journal « L’Economiste » du Jeudi 13 au dimanche 16 Août 2009

Photos

Concept

Contact

Contactez nous en remplissant ce formulaire. Merci.

Recharger form


*required

NewsLetter

Restez informé en vous inscrivant à notre newsletter


*required

Concept du Projet

  • team Come To My Home

    2012 - DRISS ALAOUI MDAGHRI

    Come To My Home » est un événement culturel et artistique privé initié par Driss Alaoui Mdaghri, ancien ministre, poète et figure connue du paysage intellectuel marocain, destiné à mélanger les arts, les cultures et les nationalités. Il est basé sur les principes de liberté, de partage, de métissage et de dialogue créatif des cultures, valeurs cardinales de la "Fondation des Cultures du Monde", association marocaine à but non lucratif regroupant artistes et intellectuels autour de la même ambition : promouvoir l'art et la culture à travers des initiatives individuelles et collectives.

    C'est aussi un nouveau concept appelé à trouver des échos dans d'autres pays, le réseau international d'amis sollicité étant invité à y participer, et, éventuellement, pour ceux qui le désirent, à organiser des rencontres similaires chez eux avec l'appui du réseau. Le projet d'autres rencontres, notamment en France et en Italie, est en bonne voie. La première édition au Maroc se déroulera sur une durée de plus d'une semaine, du 4 au 14 octobre , dans différents lieux dont l'Oliveraie de Casablanca, à Bouskoura.

    Le concept « Come To My Home » repose également sur le séjour en famille dans le pays d'accueil pour les artistes étrangers invités, afin qu'ils vivent, de l'intérieur et pleinement, en phase avec la culture locale.

    Le programme de la première édition comprend une exposition de peinture sur toute la période, ainsi qu'une grande variété de manifestations originales initiées, coordonnées et gérées par de nombreuses personnes, en fonction de leurs centres d'intérêt et expertises

  • team PLUS D'INFO

    www.cometomyhome.ma

    Pour toute demande d'information, inscription ou proposition de contribution, merci de contacter :

    Hélène FLAMENT
    helene.flament.dam@gmail.com

    Elodie DURIEUX
    elodie.durieux.damformation@gmail.com

Le Programme

  • team 04 OCTOBRE 2012

    Vernissage de l'exposition de peinture de Driss Alaoui Mdaghri à 19H00. Accompagnement musical au Koto par Akane Niitsu. - Exposition de bijoux de l'artiste chinoise Jiarong Wu Kobilinsky.
    Les deux évènements se poursuivront jusqu'au 14 octobre 2012 (Villa Amal, Boulevard Al Qods, quartier Californie, Casablanca).

  • team 05 OCTOBRE 2012

    Répetition

  • team 06 OCTOBRE 2012

    - Exposition et observation d'oiseaux du Maroc avec le Groupe d'Ornithologie du Maroc (GOMAC), de 10H00 à 14H00. - Atelier découverte du Yoga avec Zaza et Tamara (sur inscription payante) de 9H30 à 16H00. - Spectacle Damana de poésie et musique à 19H30, au profit de l'Association Solidarité Féminine avec le concours de la Confrérie Gutenberg, avec la participation de Driss Alaoui Mdaghri, Badara Seck, Wahid Lahlou, Maria Bouabid, Jacelyn Parry, Noureddine Fatty, Rashmi V. Bhatt et Stefano Malatesta (sur inscription).
    Diner à l'issue du spectacle à 21H30 (sur inscription payante).
    Oliveraie de Casablanca, à Bouskoura.

  • team 07 Octobre 2012

    - Tournoi amateur d'échecs (sur inscription). - Exhibition d'échecs avec un grand maître (sur inscription). - Cours d'initiation au jeu d'échecs (sur inscription). - Table-ronde autour du jeu d'échecs, avec partition musicale sur les échecs.
    Oliveraie de Casablanca, à Bouskoura.

  • team 08 Octobre 2012

    - Visite découverte du centre de Casablanca: la Mosquée Hassan II, le centre-ville Art Déco et les Marabouts (sur inscription)*, de 10H00 à 14H00. - Les « Entretiens de l'Oliveraie » : auteur du livre de Frédéric Lenoir « l'Ame du monde » avec la participation de l'auteur, à 19H00.
    Villa Amal, Boulevard Al Qods, quartier Californie, Casablanca.

  • team 09 Octobre 2012

    - Lectures accompagnées de musique avec Régine Zambaldi, Aziz Daddane, Fatéma Chahid, Hafsa Bekri Lamrani et Mounir Ferram, à partir de 21H00. - Extrais de la pièce «Les Amazones du Crabe» avec Amal Ayouch et Régine Zambaldi.
    Résidence Bella Al Médina I, quartier Californie, Casablanca

  • team 10 Octobre 2012

    - Atelier cuisine avec Sven Wicander (sur inscription), à partir de 10h00 - Les «Entretiens de l'Oliveraie» : «Le management venu du Sud» avec la participation de plusieurs intervenants marocains et étrangers. Déjeuner avec les plats cuisinés sous la direction de Sven Wicander.
    Oliveraie de Casablanca, à Bouskoura.